Conférence débat à l’Assemblée nationale avec les auteures du Déni

Le 8 février 2018, les auteures du Déni ont donné une conférence “Hommes au pouvoir, femmes au service, l’influence de l’Eglise catholique sur la société”, à la demande de l’Assemblée des femmes, où elles ont en particulier développé la stratégie rhétorique et politique du Vatican contre le concept d’égalité. Extraits :

Vous l’affirmez dans la présentation de votre association : « l’Assemblée des femmes vise l’égalité entre les femmes et les hommes par la promotion des droits des femmes dans tous les domaines, et par la lutte contre le sexisme ». L’égalité entre les femmes et les hommes est un concept sciemment refusé par l’Église catholique qui déploie deux types de discours distincts selon les sexes, combat les droits des femmes et promeut le sexisme.

Tout en étant persuadée qu’elle a participé à l’émancipation des femmes, l’Église catholique est aujourd’hui confrontée à la question de leurs droits. Face à cette révolution, elle réagit en développant une rhétorique contre l’égalité et en menant des combats politiques pour influencer les mœurs et les lois.

L’invention de l’objet « la théorie du genre »

Elle a élaboré depuis une quarantaine d’années, un arsenal de pensée pour contrer et masquer le mot même d’égalité, avec un vocabulaire qui lui est propre, et qu’elle a réussi à faire passer auprès de la société. C’est une bataille pour laquelle elle a mis en place une véritable stratégie.

Sa lutte prioritaire a été de diaboliser les recherches sur le genre. L’Académie catholique de France qui siège aux Bernadins a publié, en 2014, un texte de référence contre l’égalité qui résume la pensée de l’Église : « Nous nous sommes efforcés […] de mettre au jour les différents aspects de l’idéologie de l’indifférenciation sexuelle aujourd’hui véhiculée par nos administrations […]. Elle se manifeste par des textes juridiques qui distillent un doute […] sur la complémentarité homme/femme, et aussi par des actions multiples dans le milieu éducatif dès le plus jeune âge, par exemple la nécessité absolue de la lutte contre l’homophobie […] ou les nombreuses initiatives de promotion de l’égalité des droit (1). »

L’égalité n’est donc pas un impensé de l’Eglise catholique. L’institution la combat en connaissance de cause. « Théorie du genre », l’expression est passée dans le langage courant.

Cette expression forgée par le Vatican, est devenue l’idéologie à démasquer et une catastrophe annoncée. Les recherches sur le genre, en mettant au jour les rapports de pouvoir entre les sexes, font en effet tomber des pans entiers de l’interprétation de la Genèse, en particulier l’arbitraire de la division sexuée des rôles qui menace la structure homosociale de l’Eglise.

C’est pourquoi le magistère identifie le genre comme son ennemi.

Ce travail du Vatican contre le genre aboutit en, en 2003, à un document intitulé Lexique des termes ambigus et controversés sur la famille, la vie et les questions éthiques, qui consacre trente-cinq pages à la théorie du genre. Le discours ecclésiastique se présente comme un travail pseudo-scientifique et sociologique, alors qu’il s’appuie toujours sur la Genèse.

Le discours masculin ecclésiastique s’attribue le fait de détenir et de dire la vérité. Toute réflexion autre sera dénoncée comme une attaque contre Dieu ou contre la nature.

Une lutte rhétorique et antiféministe

Cette lutte rhétorique est d’abord antiféministe. Elle est le résultat du très long pontificat de Jean-Paul II (vingt-six ans, de 1978 à 2005), qui a produit de très nombreux écrits sur les femmes, leur vocation, leur dignité et a promu un certain nombre d’expressions devenues très populaires chez les catholiques « génie féminin » dignité de la femme » « complémentarité des sexes » « la différence féminine » « l’égalité dans la différence »…

L’Église est essentialiste et différentialiste, elle revient sans cesse sur la complémentarité des sexes. Argument de base des théocraties, elle a pour objectif de justifier la différence d’obligations et de droits selon une réalité qui serait biologique. Les femmes doivent rester à leur place, — la maternité et le service — et le couple ne peut être qu’hétérosexuel. Ce sont toujours elles qui sont le complément des hommes et non l’inverse. L’institution et les catholiques croient à un déterminisme biologique des rôles.

Théorie du genre, génie féminin, complémentarité des sexes…, c’est par la rhétorique que l’Église dénigre les recherches sur le genre et impose sa pensée contre le féminisme.

 

(1) Homme et Femme : condition sexuée et liberté. Déconstruction des stéréotypes du genre et altérité, novembre 2014.

 

 

 

Leave a Comment

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *