“La femme sans parole” : entretien sur la place des femmes dans l’Église, à partir de la lecture du Déni dans Le Monde des religions

mai-juin
2014

Monde des religions 65 200px

Le Monde des religions qui a déjà parlé du Déni dans son numéro 64 revient sur la réception du livre et le silence qui l’a entouré.

François Bœspflug, dominicain et historien des religions de renom, ne mâche pas ses mots à l’égard de ceux qui s’acharnent à dénigrer un livre qui lui tient à cœur. Ce livre, c’est celui que deux femmes ont écrit sous les pseudonymes de Maud Amandier et Alice Chablis : Le Déni, enquête sur l’Église et l’égalité des sexes (Bayard, 2014), que nous vous présentions dans notre numéro 64. « Ils sont au pouvoir, elles sont au service » dénoncent les auteurs avec virulence.

Les réactions outragées ne se sont pas fait attendre. « L’éditeur a été tancé, le préfacier prié de se taire, tel philosophe imbu de lui-même a renchéri dans un magazine, ou tel rédacteur de quotidien chrétien [a décrété] que le livre est indigeste pour un estomac chrétien. » François Bœspflug s’agace de ces réactions et appelle, dans une tribune libre (Golias Hebdo n° 331, 10 avril 2014), à en finir avec ce qu’il appelle « Le déni du Déni ».
Propos recueillis par Virginie Larousse.

Extraits :

Les auteures du Déni n’imputent-elles pas à l’Église un modèle social qui préexistait au christianisme ?

L’Église trouve le modèle patriarcal au moment où elle naît. Mais ce que les auteures du Déni critiquent, c’est le fait que l’Église n’ait pas cherché à le transformer à la lumière du rapport que Jésus entretenait avec les femmes : il leur parlait comme à des égales, jamais comme à des inférieures. On aurait pu rêver d’un christianisme allant beaucoup plus loin dans le remodelage des structures patriarcales […] Les auteures ont lu énormément de textes pontificaux estimant que les papes sont les premiers ouvriers d’une savante construction mentale qui visse les boulons d’une machinerie faite de sublimité, mais aussi de silences et de verrous.

Les textes de Jean-Paul II font l’objet de longues analyses…

Jean Paul II est l’exemple même du pontife inspiré, généreux, courageux, original… mais pétri de convictions inconsciemment machistes. Pour lui la vocation de la femme est de se calquer sur la Vierge Marie, figure maîtresse de ce qu’est la nature profonde de l’Eglise. Or, le modèle de la Vierge Marie, disent les auteures, cela ne marche pas ! Qui pourrait les contredire ? Elles forcent le lecteur à se rendre compte que les choses sublimes ne sont pas vivables. Je vais vous faire une confidence. Bien que je sois prêtre dominicain, je ne lis plus certains textes pontificaux depuis longtemps : ils sont tellement sublimes que je ne sais comment les appliquer dans mon quotidien. J’en ai pris conscience en lisant Le Déni.

Pourquoi cette crispation des instances catholiques ?

[…] Leur discours sur la différence sexuelle condamne les femmes à des rôles subalternes. A vivre pieusement et mystiquement. Tout comme l’Église impose le silence aux hommes sur leur sexualité, en contraignant les prêtres au célibat. Dans les homélies, il n’y a que les voix d’hommes. Ce faisant, l’Eglise condamne l’homélie au dépérissement.” […]

Quels sont les enjeux de la place de la femme pour l’Eglise ?

[…] Le débat dans les églises, les familles ou les couples n’est pas un luxe, mais une nécessité. Les discussions étouffées reviennent en se vengeant ; il faut donc s’en saisir au moment où elles naissent. Ce moment, c’est maintenant.

Le Monde des religions, mai-juin 2014, n° 65, p. 22 et 23

A retrouver dans les kiosques et sur le site du Monde des religions


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