Réaction de Patrick Banon au Point du 9 janvier

16 janvier
2014

La logique de complémentarité est une logique de discrimination

La relation asymétrique entre hommes et femmes serait « par nature »

Il n’y a pas en effet de liberté possible dans la société sans le préalable d’une égalité entre hommes et femmes

Patrick Banon, écrivain et directeur de l’institut des Sciences de la Diversité, a réagi à la tribune de Fabrice Hadjadj en nous envoyant son analyse.

Le féminisme n’est pas un « machisme inversé »

Les critiques formulées à l’encontre DU DENI dans la tribune du Point du 9 janvier ne font que prouver le déni dont parle ce livre. Dans son commentaire, Fabrice Hadjadj fonde son argumentation sur l’idée que l’homme et la femme, parce que différents, seraient complémentaires.

C’est l’argument de base des théocraties qui réservent un statut et un rôle à chacun dans la société selon ses différences. Cette notion de complémentarité a pour objectif de justifier la différence d’obligations et de droits selon une réalité “naturelle”. Les femmes peuvent accoucher, elles auraient donc des droits et des obligations différents des hommes qui eux n’accouchent pas. C’est ce raisonnement qui conduit à considérer qu’il y aurait des métiers réservés aux femmes et des métiers réservés aux hommes. Logique perverse qui mène à une inégalité de salaire et de fonction selon le sexe d’une personne (toujours au détriment des femmes).

Cette logique de complémentarité est en fait une logique de discrimination contre laquelle il faut lutter, car cette notion d’obligations et de droits différents selon les apparences mène à évaluer toutes les catégories de la population à travers ce prisme archaïque.

Une argumentation vieille de vingt-cinq siècle d’Aristote selon laquelle la relation asymétrique entre hommes et femmes serait « par nature ». Il y a quinze siècles, plusieurs Pères de l’Église, revisitent l’inégalité « naturelle » qui frappe les femmes, comme par exemple à Jean Chrysostome, — auteur d’un mémorable Traité de la virginité. La vision du rôle féminin de ce converti au christianisme, était à l’évidence dictée par sa propre expérience, élevé par une mère veuve à vingt ans, jamais remariée et entièrement dévouée à lui. Une femme parfaite devrait donc pour être respectée renoncer à sa féminité et avoir les caractéristiques d’un ange.

Fabrice Hadjadj, en rappelant que le prêtre est un serviteur de Dieu, aurait pu rappeler aussi les propos de l’épître à Timothée ou de l’épître aux Corinthiens sur le statut inférieur des femmes vis-à-vis de leurs maris qu’elles doivent servir en silence. En fait, ce n’est pas la femme qui est « exaltée par l’Église », mais bien l’exemple d’une femme dépouillée de sa sexualité (vierge, célibataire, etc.) déniant la même exaltation pour une femme mariée, ayant une vie sexuelle et professionnelle.

Ce n’est pas l’inégalité qui serait cause de rivalité entre l’homme et la femme, mais l’égalité, prétend cette tribune. C’est faux ! Il n’y a pas en effet de liberté possible dans la société sans le préalable d’une égalité entre hommes et femmes. Il ne s’agit pas ici de mimétisme, ni d’effacement des différences, mais de justice. Faut-il rappeler que Dieu a créé l’humanité à son imagé, féminin masculin ? Sans hiérarchie ou différenciation entre l’un et l’autre.

Il ne s’agit pas non plus dans cet ouvrage de dénoncer « la fascination phallique », mais de dénoncer cette vision archaïque des relations hommes-femmes, où l’homme « protègerait » la femme (comme on protège les enfants) des dangers de la société (donc d’une vie sociale pleine de dangers : la tentation sexuelle, une vie professionnelle, etc.) en la maintenant en marge de la vie publique (virginité, chasteté, responsabilité du foyer).

Il faut aussi rappeler que le féminisme n’est pas un « machisme inversé », mais une quête de justice qui concerne autant les hommes que les femmes.

Patrick Banon

patrickbanon.com | Institut des Sciences de la Diversité


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2 thoughts on “Réaction de Patrick Banon au Point du 9 janvier

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