Recension du Osservatore romano, le journal officiel du Vatican

17 septembre
2014

Tous les chemins mènent à Rome, même celui du Déni, qui n’a pourtant pas été traduit en italien. L’Osservatore romano lui donne pourtant une publicité internationale en présentant le livre. L’article est curieusement intitulé « En oubliant qu’il y a une histoire » et sous-titré « Beaucoup de stéréotypes dans un ouvrage français sur les femmes et l’Eglise », alors même que Le Déni s’attache à montrer en quoi l’institution catholique, par son histoire et son système, est encore discriminante pour les femmes en citant de très nombreuse sources historiques et comment elle est encore matrice de stéréotypes patriarcaux. L’Eglise catholique assigne en effet toujours des rôles différents selon les sexes et exclut les femmes notamment du triple pouvoir de gouvernement, d’enseignement de la parole lors des messes et d’administration des sacrements.

Cette recension accumule les erreurs de lecture, les fausses accusations, les mensonges et le dénigrement. Il est triste de constater qu’elle est signée de Lucetta Scaraffia, présentée comme la “féministe” du Vatican. Il est probable que Le Déni fasse l’objet du même sort que celui qui a été réservé aux travaux des religieuses américaines (LCWR – Leadership Conference of Women Religious https://lcwr.org/), car il n’est pas “catholiquement correct”. S’agirait-il, après l’espace anglophone, de contrer l’espace francophone qui serait à son tour “contaminé” par des auteures catholiques ?

Quelques exemples :

– Lucetta Scaraffia formule l’hypothèse suivante :

« La seule raison pour laquelle Amandier et Chablis se sentent encore catholiques est l’aspiration des femmes à la prêtrise qui est considérée comme le seul moyen pour les femmes d’améliorer leur situation dans l’Eglise. »

Nous ne parlons pas dans le livre de l’aspiration à la prêtrise des femmes. Nous pensons même que la cléricalisation des femmes n’est pas la solution. Nous l’avons dit dans l’émission Mediapolis d’Europe 1 du 6 août 2014.

 

– La rhétorique sexiste de cette recension est celle déjà lue sous la plume d’autres détracteurs (nous sommes des “ignorantes”, nous “manipulons” les textes, nous sommes “loin de la vie réelle des femmes”, notre travail est “approximatif”, nous ne sommes “pas dans le vrai féminisme”…) :

« Outre le fait qu’elles se positionnent avec désinvolture dans l’histoire — et que leur préparation est approximative — Amandier et Chablis manipulent les sources de façon très idéologique, en choisissant celles-ci dans le seul but d’appuyer leur thèse, complètement indifférentes à la réalité et à la vérité de ce que les auteurs cités ont écrit et à ce que la réalité des faits illustrent. Je citerai deux exemples. Tout d’abord la reconstruction brutale d’un cas difficile et douloureux comme celle de la jeune fille de Recife. »

C’est Rome qui a voulu médiatiser l’affaire de Recife (largement ensuite relayée par de nombreux médias) qui concentre dans une même histoire, la pédophilie, le viol, l’inceste et l’indifférence à la vie même des fillettes et des femmes par des hauts prélats catholiques. Pour rappel, en 2009, la famille et l’équipe de médecins qui ont sauvé la vie de la fillette de 9 ans, enceinte de jumeaux et haute d’1,35 m en pratiquant l’avortement, ont été excommuniées alors que le beau père violeur, non. Cette histoire reste emblématique du patriarcat ecclésiastique : le ventre et la vie des filles et des femmes appartiennent aux hommes.

– Lucette Scaraffia écrit aussi :

« Le fait que l’Eglise ait toujours défendu la différence des femmes, et a continué à valoriser la maternité, là où la société la rabaissait, rend potentiellement l’institution la plus apte à protéger les femmes contre ces dérives, pour les aider à définir une nouvelle identité spécifique sans peur de perdre la parité atteinte. »

Elle est donc persuadée que l’institution catholique est la plus apte à protéger les femmes, alors que cette dernière interdit toujours la contraception et l’avortement, même en cas de viol. Or interdire l’avortement ne produit aucun effet dissuasif, selon l’Organisation mondiale de la santé. Pour rappel quelques chiffres qui concernent surtout les pays les plus pauvres : 50 000 décès annuels de femmes des suites d’avortements clandestins et 8 millions de femmes avec des séquelles irréversibles ; 222 millions de femmes n’ont pas accès à la contraception ; 80 millions de grossesses sont non désirées ; 13 % des décès maternels sont imputés à des avortements à risque.
De plus, insister sur “la différence des femmes” ou “prôner la positivité de la différence des sexes, c’est mentir, car c’est prôner l’infériorisation du sexe féminin. Ce que nous démontrons dans le livre.

Le début de cet article a été traduit en français sur le site de L’Osservatore romano


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3 thoughts on “Recension du Osservatore romano, le journal officiel du Vatican

  1. Pour étayer sa critique négative du livre, Lucetta Scariaffa écrit « qu’elles [les deux auteures] accusent l’Église d’avoir manqué son rendez-vous avec la modernité offert par la Renaissance ».
    A mon avis, pareille accusation par les auteures du livre Le Déni est fondée, et voici pourquoi :

    Non seulement le livre Le Déni démontre l’opposition du magistère aux grandes questions de son temps et son refus de réconciliation avec le monde, expliquant ainsi comment l’Église a raté le train de l’humanisme, comme celui des Lumières.

    Dans la même ligne, n’oublions pas non plus le tristement célèbre « serment anti moderniste » qui fut imposé à tous les clercs de l’Église catholique lors de leur ordination, entre 1910 et le Concile Vatican II.

    Pour toutes ces raisons, « que l’Église ait manqué son rendez-vous avec la modernité » me semble difficilement contestable.

  2. Pingback: Quand on reparle du Déni | Comité de la Jupe

  3. Pingback: « Quand on reparle du Déni » sur le Comité de la Jupe | Le déni

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